Pour résoudre la question de l'espace pour développer des centrales solaires et limiter la spéculation sur des terrains pouvant avoir d'autres fonctions productives, une solution serait d'utiliser certaines étendues d'eau, notamment celles à vocation industrielle. Une idée qui prend corps aujourd'hui dans un projet Eurêka franco-israélien.
C'est au sein du projet Eurëka Aquasun, doté d'un budget de 1,5 M€ sur deux ans, que la société isralienne Solaris Synergy est en train de faire passer son concept de centrale solaire flottante photovoltaïque à concentration (CPV) du rêve à la réalité. Après avoir monté un petit prototype dans une piscine au siège de l'entreprise puis un premier prototype à Eilat en Israël (qui vient d'être raccordé au réseau), la start-up a trouvé dans EDF un partenaire pour accélérer l'industrialisation et la validation du concept.
Le concept repose sur l'idée d'implanter des structures flottantes sur lesquelles sont positionnées des cellules photovoltaïques avec concentrateur. L'objectif est ainsi double : résoudre le problème d'espace occupé en s'installant dans des zones n'ayant pas d'autre usage possible, et abaisser le coût de l'énergie produite. La baisse de coût est obtenu à la fois par le recours à des espaces à moindre valeur, mais surtout par la technologie elle-même. En effet, en positionnant les panneaux au-dessus de l'eau, on dispose d'un système de refroidissement "naturel" par l'évaporation, qui permet de maintenir le système photovoltaïque à température optimale et à moindre coût, tout en apportant un gain d'efficacité en production de 20 %.
Ce concept pourrait être facilement applicable à des étendues d'eau dites industrielles, notamment les surfaces des zones de retenue en amont des barrages hydroélectriques, mais aussi de nombreuses réserves d'eau industrielles ou agricoles. Il n'y aurait ainsi pas de conflit paysager ou d'usage (pas de zones touristiques ou de réserves naturelles). Les équipes engagées dans le projet Aquasun étudient aussi la question de la biodiversité et de l'impact potentiel d'une installation sur la faune et la flore de l'étendue d'eau, notamment en matière d'oxygénation. Pour l'instant, les premiers résultats laissent à penser qu'aucune influence sensible n'est enregistrée mais les essais en grandeur nature devraient venir confirmer ces observations, en partenariat avec des experts de ces questions de biodiversité.
Un premier prototype industriel est donc en construction dans le cadre du projet Aquasun et devrait être implanté en France en septembre prochain sur le site de Cadarache sur l'étendue d'eau de retenue d'une centrale hydro-électrique. Il sera suivi avec précision pendant une durée de neuf mois, fournissant ainsi des éléments d'évaluation de performances dans des conditions saisonnières et de niveau d'eau diverses. Les membres du projet espèrent ainsi disposer à la fin du programme, mi-2012, des informations nécessaires pour lancer une commercialisation du procédé.
Rappelons que d'autres projets ont également réfléchi à l'usage des étendues d'eau pour positionner des centrales solaires. La société Nobalis en Suisse avait notamment initié un projet avec le Csem sur un concept d'ïle solaire (prix Evenir 2009), mais utilisant la technologie de solaire thermodynamique sur de très grandes surfaces. Le projet a été revu à la baisse après quelques péripéties politico-administratives, mais n'a pas été totalement abandonné. Donc à suivre ...
Contact projet Aquasun, Elyakim Kassel, elyakim@solaris-synergy.com