
Biodiversité
L'eutrophisation affecte la diversité des poissons
Une étude suisse tout récemment publiée dans Nature démontre que l'importance des apports de substances fertilisantes dans les lacs a non seulement causé l'extinction de nombreuses espèces de poissons mais aussi réduit les différences génétiques et morphologiques existant entre les espèces récentes. Des conclusions qui sonnent comme un avertissement pour ceux qui émettent l'idée de réduire les contraintes sur l'élimination du phosphore des stations d'épuration.
Les corégones, poissons des lacs alpins recherchés pour leur qualités gustatives, constituent aussi des modèles d''étude représentatifs des risques de perte de biodiversité. Victimes depuis les années 50 de l'eutrophisation des lacs par perte de leur habitat, a eu aussi pour effet d'augmenter sensiblement le croisement entre espèces. Celles qui ont dû abandonner les fonds lacustres et les couches profondes se sont en effet croisées avec des espèces parentes et ont perdu ainsi leur intégrité génétique et fonctionnelle en l'espace de quelques générations. Ce phénomène, appelé dé-spéciation, semble plus fréquent que ce que les chercheurs pensaient à priori. L'étude qui a été menée sur 17 lacs alpins a permis de mettre en évidence que le nombre d'espèces de corégones a chuté de 38 % en moyenne et que la population d'origine a même totalement disparu dans 7 des lacs étudiés (calculs rendus possibles grâce à un inventaire déjà réalisé il y a 60 ans). Et plus les teneurs en phosphates atteintes dans les lacs sont élevées, plus la différenciation génétique des espèces restantes et leur degré de spécialisation (par rapport à la profondeur, la période de reproduction, le mode d'alimentation) est réduite. Pour les scientifiques auteurs de cette étude, cette observation doit sonner comme un avertissement. "Il est plus que probable que la fertilisation des lacs ait provoqué des pertes de diversité équivalentes chez d'autres poissons, peut-être même à d'autres niveaux de la chaîne alimentaire", explique ainsi Ole Seehausen, qui a dirigé l'étude en parallèle avec l'Eawag et l'université de Berne. Ce qui conduit à condamner toute velleité d'atténuer les efforts sur l'élimination du phosphore dans les rejets d'eaux usées, souhait émis parfois pour accroître les rendements de pêche.
Contact chercheur : ole.seehausen@eawag.ch
Publié le 21 février 2012 11:39:13
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